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Molière: L'école des femmes

Le jeu de la dénonciation des vices et le statut ambigu de la femme au XVIIème siècle

Hausarbeit 2010 21 Seiten

Didaktik - Französisch - Literatur, Werke

Leseprobe

Inhaltsverzeichnis

Introduction

1) La hiérarchie de la société au XVIIème siècle: un bref aperçu historique, biographique et culturel

2) La place de la femme savante et de l’homme dans la société du XVIIème siècle: la Préciosité et l’honnête homme dans l’œuvre globale de Molière et dans L’Ecole des femmes p> a) la Préciosité et la place de la femme
b) « l’honnête homme »

3) L’Ecole des femmes: comédie ou tragédie?
a) La comédie: les procédés du comique dans L’Ecole des femmes
b) L’Ecole des femmes, une tragédie? La disposition des aspects graves et sérieux
c) Le statut de la femme dans L’Ecole des femmes: la femme victime oubourreau?

Conclusion

Bibliographie

Introduction

A l’évocation du XVIIème siècle, une foule de termes, notions et personnages majeurs se voient automatiquement associés. Notamment: la doctrine classique, Corneille, Racine, Molière, le Roi-Soleil et sa cour, la préciosité, la comédie, la satire, la bourgeoisie, le théâtre ambulant, la place de la femme dans la société, les salons, « l’honnête homme », le libertinage... et tant d’autres encore. Tous ces thèmes et figures ont marqué le siècle du Roi- Soleil, de la société à la culture en passant par la littérature. C’est pourquoi, il est nécessaire de poser les priorités concernant les thèmes décisifs en rapport avec notre sujet, et, notamment, brosser un portrait de cette société, en guise d’introduction, avant de montrer le jeu de la dénonciation et la place de la femme dans L’Ecole des femmes. Nous poserons ainsi les questions nécessaires au fondement de notre problématique avant d’analyser certains aspects de L’école des femmes Me Molière (1622-1673) en profondeur, que nous citerons un peu plus bas. Tout d’abord, il est clair que le prestige de la noblesse de par son éducation et ses bonnes manières représentait un véritable culte au XVIIème siècle, ainsi, il n’est pas surprenant de compter qu’il s’agisse d’un thème de prédilection chez les écrivains de cette même époque. Tandis que l’on observe l’éloge du raffinement et du mot d’esprit à la cour et dans les salons, certains auteurs s’en distancient en en montrant la fausseté et le ridicule. D’autres dénoncent les vices humains et la prétention tels que, par exemple, Jean de La Bruyère (1645-1696) dans son recueil de portraits et de maximes Les caractères, paru en 16881 2, dans lequel il critique les pratiques de la cour et, avant tout, l’hypocrisie, les abus de pouvoir ainsi que la fausse dévotion.

Tout d’abord, la première question de notre introduction sera d’établir des liens entre la pensée de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, visible par la critique sous-jacente des vices dans ses œuvres, et de celles de son époque. Le but ne sera pas d’étudier en profondeur sa biographie mais bien de mettre en évidence les connections existantes entre la société de son époque et son œuvre ainsi que les constantes qui permettent de définir les bases de la critique plus ou moins franche de la société dans L’Ecole des femmes. Pour ce faire, il faudra définir la situation de l’œuvre dans ce courant puis déterminer les motivations de L’école des femmes en répertoriant les principaux thèmes fondant la satire nécessaires à notre analyse, à savoir lejeu des contrastes au service de la dénonciation des vices de l’époque. Il est donc doublement nécessaire de brosser un portrait global du XVIIème siècle afin d’en cerner toutes les nuances et critiques partagées par Molière et ses contemporains. Dans un second temps, nous analyserons le contexte de création de cette œuvre, à savoir le rôle des salons et de la Préciosité, la manière dont ces thèmes sont abordés, ainsi que la définition de l’honnêteté et de « l’honnête homme », et leurs rôles dans l’œuvre. Nous en viendrons donc à notre troisième partie et plus particulièrement, à l’analyse de sa réception, en nous axant sur la psychologie du personnage d’Arnolphe, s’agit-il réellement d’une comédie ou bien est-ce que L’Ecole des femmes partage des traits communs à la tragédie? C’est pourquoi, nous verrons brièvement quels points la relient à ces deux genres et dans quelle mesure cette analyse est possible. Etant donné notre intérêt pour le statut de la femme dans cette œuvre, nous nous attarderons sur la manière dont le sujet est traité dans l’œuvre. Finalement, nous verrons en quoi elle constitue une critique à peine voilée de la société du XVIIème siècle et peut être comprise comme un semi-plaidoyer3 en faveur de la libération intellectuelle de la femme en nous appuyant sur le texte même et en analysant plus attentivement la figure d’Arnolphe.

1. La hiérarchie de la société au XVIIème siècle: un bref aperçu historique, biographique et culturel

Brièvement, afin de mieux comprendre à qui s’attache la critique de la société dans L’école des femmes de Molière, il est nécessaire d’établir des liens avec le contexte social et culturel de l’époque; non dans l’idée de faire un inventaire des courants et idées mais plutôt dans l’optique de montrer la pertinence de notre analyse à venir. S’il est évident que Jean- Baptiste Poquelin4, dit Molière, n’appartient pas à la noblesse de souche - étant né fils du riche marchand-tapissier et tapissier du Roi, Jean Poquelin - sa position vis-à-vis de cette dernière est plus qu’ambiguë, d’où la nécessité d’étudier plus en détail son parcours personnel et le contexte de l’époque.

Tout d’abord, la société de l’époque est structurée de la manière suivante: le système féodal est toujours de rigueur. Nous avons donc le peuple, avec, notons, l’émergence de la bourgeoisie, le clergé et la noblesse. La noblesse se définissant par son prestige et par son lien avec la cour. La France de l’époque est gouvernée par le Roi absolu Louis XIV, nommé également le Roi-Soleil, qui se trouve à la tête de la hiérarchie de la cour. La vie mondaine à la cour étant qualifiée de « meilleure », de nombreux riches et puissants bourgeois désiraient accéder au même statut que la noblesse et être considérés de la même manière.5 Il n’est donc pas difficile de comprendre des phénomènes tels que ceux mis en scène dans L’Ecole des femmes, de bourgeois se faisant anoblir. Ici, notons que le personnage d’Arnolphe se fait également nommer « Monsieur de la Souche » afin d’anoblir son nom. Il s’agit bien évidemment d’un jeu de mot et d’une satire de la part de Molière. « de la Souche » faisant allusion à la noblesse de souche à mettre en opposition à la noblesse de robe, et du fait de la situation d’Arnolphe qui, de par son attitude et ses origines, n’a rien de la noblesse de souche. Le terme « souche » fait également référence à la souche de l’arbre soit la partie restée en terre d’un arbre coupé. La volonté de rattacher Arnolphe à la noblesse de Molière est donc à réfuter. Néanmoins, si, une fois encore, on observe le parcours personnel de Molière, on constate également la présence manifeste de la critique de la noblesse notamment dans Dom Juan (1665), rédigé quelques années après L’Ecole des femmes. Si le bourgeois de base est critiqué, l’aristocrate en prend également pour son grade et c’est dans cette perspective qu’il faut comprendre L’Ecole des femmes, soit, que même si la situation d’un personnage semble être présentée positivement, il existera néanmoins une critique sous-jacente. Ainsi, il n’y a ni de noir, ni de blanc, mais plutôt un camaïeu de gris dans lequel la psychologie des personnages puise sa force.6

2. La place de la femme savante et de l’homme dans la société du XVIIème siècle: la Préciosité et l’honnête homme dans l’œuvre globale de Molière et dans L’Ecole desfemmes

a) la Préciosité et la place de la femme

Le titre de l’œuvre soulève la question suivante: où se situent l’homme d’une part, la femme, d’autre part, dans la critique de la société dépeinte par Molière? Pour ce faire, il est nécessaire de resituer la création de Molière dans son contexte et d’aborder ce point sous l’angle de la préciosité et de la définition de l’honnête homme au XVIIème siècle. Comme précédemment énoncé, la préciosité joue un rôle prépondérant à la cour et dans les salons au XVIIème siècle. Dans un premier temps, nous analyserons donc de quelle manière elle intervient dans l’ensemble de la littérature de cette époque, dans l’œuvre globale de Molière pour enfin se focaliser sur la manière dont le thème de la bienséance et de l’honnêteté est traité dans L’Ecole des femmes. Tout d’abord, selon Le Petit Larousse Illustré 2010, la préciosité est, dans son sens général « l’affectation dans les manières, le langage, le style », et, dans son sens littéraire, « une tendance au raffinement des sentiments, des manières et de l’expression littéraire qui se manifesta en France, au début du XVIIème siècle, dans certains salons (ceux de Mme de Rambouillet, de Mlle de Scudéry, etc.) ».7 Comme l’explicite la définition littéraire, la présence de certaines femmes nobles telles que Mme de Rambouillet ou Mlle de Scudéryjouait un grand rôle dans la culture des salons, lieux de prédilection de la préciosité. La préciosité est donc un courant des milieux aristocratiques déterminant une manière de penser, de vivre et de parler en opposition aux mœurs grossières et bourgeoises qu’avait propagées la cour d’Henri IV.8 La question est maintenant de savoir où ce courant se situe dans l’œuvre de Molière en général et dans L’Ecole des femmes particulier, et la manière dont il se manifeste. Si l’on pense aux Précieuses ridicules, aux Femmes savantes ou bien à La Critique de l’école des femmes9, il pourrait paraître étrange de considérer Molière comme le porte-parole de la Préciosité. Néanmoins, il semble dénoncer les abus de cette Préciosité tels que le snobisme, le raffinement du langage tournant au galimatias (signifiant « discours confus »), etc., plus que le courant en lui-même. En effet, la réception de ses œuvres au sein des précieux issus de la noblesse et non de la bourgeoisie provinciale était excellente. Moralement, Molière est souvent en accord avec eux et ceci se voit également dans L’Ecole des femmes dans laquelle leurs valeurs sont mises en avant. De même, il est sensible à ce qu’il y a d’élégant dans le monde et ses conceptions morales s’accordent avec les leurs. Cependant, il ne faut pas qualifier Molière de Précieux, il reste avant tout un artiste et un observateur de la société la mettant en scène dans ses œuvres10. Ainsi, la place de la femme mondaine dans les salons n’est pas remise en question par Molière. Seuls les excès sont soumis à sa critique.11 Dans L’Ecole des femmes, nous notons la critique continue d’Arnolphe des femmes de pouvoir et de savoir, des femmes ayant reçu une éducation comme les hommes, montrée dans la citation suivante:

Tant quej’aimerais mieux une laide bien sotte Qu’unefemmefort belle avec beaucoup d’esprit

Par déduction, une Précieuse ne pourrait le combler puisque le trait majeur des Précieuses est bel et bien la qualité de leur esprit. Egalement à la scène I du premier acte, la critique d’Arnolphe est explicite:

Mais unefemme habile est un mauvaisprésage,

Etje sais ce qu’il coûte à certaines gens,

Pour avoirpris les leurs avec trop de talents.

Moij’irais me charger d’une Spirituelle,

Qui neparlerait rien que Cercle, et que Ruelle ?

Qui de Prose et de Vers,ferait de doux écrits,

[...]


1 Nous nous référons à deux éditions concernant L’école desfemmes de Molière. Lorsqu’il s’agit de la critique globale de l’œuvre, l’édition de Jean Serroy: Molière, L’école des femmes, L’école des maris, La critique de l’Ecole desfemmes, L’impromptu de Versailles, Editions Gallimard, Paris, 1985. Lorsqu’il s’agit des citations du texte et de leurs études: Molière, L’école desfemmes, Editions Pocket, Paris, 2010.

2 Nous nous référons à l’édition suivante: La Bruyère Jean, Les caractères, Editions Gallimard, Paris, 1975.

3 « Semi-plaidoyer » car nous verrons que ce point est discutable.

4 Les informations relatives aux diverses aspects biographiques de la vie de Molière sont tirées du dictionnaire: LePetitLarousselllustré, Editions Larousse, Paris. 2010.

5 Aperçu rédigé à l’aide des œuvres suivantes: Adam Antoine, Histoire de la littératurefrançaise auXVIIe siècle, collection « Bibliothèque de l’Evolution de l’Humanité », Editions Albin Michel, 1997, 3 vol.

Couty Daniel, Histoire de la littératurefrançaise, Editions Bordas, Paris, 2004.

6 Bonnefon Paul, La Société Française duXVIIeme siècle, Librairie Armand Colin, 1903.

7 Op.cit. LePetitLarousseIllustré, Editions Larousse, Paris. 2010.

8 Benac Henri, Guide des idées littéraires, Editions Hachette, 1988. Mongrédien Georges, Les Précieux et les Précieuses, Mercure de France, 1963.

9 Œuvre que nous verrons en détails un peu plus bas.

10 Op.Cit.

11 Timmermans Linda, L’accès desfemmes à la culture (1598-1715), Editions Honoré Champion, Paris, 1993.

Details

Seiten
21
Jahr
2010
ISBN (eBook)
9783640765256
ISBN (Buch)
9783640765393
Dateigröße
463 KB
Sprache
Französisch
Katalognummer
v161260
Institution / Hochschule
Universität Basel – Institut de français
Note
Schlagworte
Molière XVIIème

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