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Le Héros Malrucien

Essay 2007 11 Seiten

Didaktik - Französisch - Literatur, Werke

Leseprobe

Dans le roman d’André Malraux, le héros malrucien est plongé dans l’inconnu où son état d’esprit se développe de manière tragique face à la mort, la maladie, et l’absurdité de la vie humaine et son fatal dénouement. Les héros dans La voie royale, Le temps du mépris et Le royaume-farfelu luttent contre le sort pour l’honneur et la dignité de l’être humain à travers des paysages apocalyptiques. Mais, Malraux porte aussi à ses paysages un élément humaniste dans lequel les héros retrouvent la force de faire face à l’influence qu’exerce l’absurdité d’un monde incohérent dans un paysage presque non-humain.

Les héros dans "La voie royale” se laissent entraînés dans une aventure où ils sont souvent confrontés à un paysage isolé marqué par la noirceur et l’immensité de lajungle à laquelle l’état mental de Claude et Perken semble être étroitment lié.[1]Claude est emprisonné par son désir de découvrir l’univers et de révéler les secrètes de son destin et c’est l’angoisse de sa quête qui le lie à celui sans véritable identité légale, Perken. L’aventurier Perken est tourmenté par son besoin de courage et se met toujours en quête comme conquérant face à l’instauration qu’il n’aime pas et son sort inconnu. Plus qu’ils continuent leur route dans la jungle cambodgienne plus les rapports entre leur angoisse et le paysage tropical se révèle. Malraux semble vouloir créer une ambiance hostile où la sauvagerie de la forêt devient « la menace dont on fait des Dieux » (p.XXI) et où la mort est plus proche à chaque étape dans un pays insoumis. C’est au coeur de la nature menaçante que les héros surmontent leurs souffrances et s’unissent dans la solidarité franternelle.[2]Par exemple, même face à la mort lui-même Claude refuse de laisser Perken mourir tout seul dans la jungle et aux mains des Mois aprés il était tombé sur une lancette de guerre. La notion de la franternité humaine surgit de la lutte pour la survie et dans le moment où le destin tragique pèse sur les héros. Ce passage vers la fin du roman est un exemple frappant de cette notion de la franternité :

Claude le regardait...ce visage ravagé...dont le sommeil était si absent qu’il ne pouvait exprimer que l’approche de la mort. Le seul homme qu’il eût aimé en lui ce qu’il était, ce qu’il voulait être, et non pas le souvenir d’un enfant...Perken ouvrit les yeax: le ciel l’envahit, écrasant et pourtant plein de joie...il ne savait plus rien des hommes...il ne connaissait plus que cette immensité blanche à force de lumière, cettejoie tragique dans laquelle il se perdait, et qu’emplissait peu à peu le lourd battement de son coeur (179).

L’univers de la forêt peuplé d’araignées, des secrètes cachés dans la silence de la noirceur et des habitants dangereux témoigne de l’approche du destin de celui qui meurt. Dans le moment où sa vie ne semble plus compter, Perken se trouve dans un espace de lumière. Il semble être libéré de la solitude et l’incertitude de la noirceur de sa conscience et cela semble lui permettre de soulager son besoin de soigner sa peur d’être seul au monde.[3]L’éclairage du ciel qui l’envahit transforme la forêt sombre qui tout à coup semble devenir un espace surréaliste qui le sépare du monde cruel.[4]De plus, pour Claude la ressemblance psychologique de Perken à son grand-père lui permet de dépasser le temps et l’espace et de se rattacher au moment de sajeunesse où il a été confronté à la tragédie de la mort pour la première fois. Il semble que Malraux établisse un espace de libération de la solitude pour ces personnages à travers le développement de leur sensibilité consciente de leurs souffrances semblables qui leur donnent un sens de fraternité. En plus, la noirceur de lajungle dans laquelle ils avancent passe à un état de lumière et cela devient le moyen par lequel Malraux permet aux héros de sentir une réalisation du soi et de se transporter à un lieu idéal rempli du savoir que la fraternité humaine existe toujours.[5]

L’importance de l’espace de la nature dans la constitution des personnages de Claude et Perken est primordiale dans la lecture car la nature est le lieu qui constitue l’espace de leur existence dans laquelle ils perçoivent la réussite, l’échec et où ils habitent dans l’obsession de la condition humaine.[6]

Dès le début du roman, l’intrigue dans La -voie royale se déroule dans un paysage qui ne représente pas un simple décor mais un lieu où le caractère des héros tourmentés se développe « d’une tenace volonté d’éclore et de pousser »[7]contre l’absurdité et la peine de la vie humaine. Lajungle joue un rôle important puisque les grands thèmes de la solitude, la quête du bonheur, l’injustice de la mort et la fraternité humaine sont ancrés dans la turbulence qu’elle évoque et qui pèse sur les héros. La forêt et les horreurs qui se manifestent en dedans existent en dehors des héros mais la réalité de cette « toile de fond »[8]représentent la condition humaine contre laquelle ils luttent pour la survie mentale et physique. La mise en scène de la jungle où se produit très peu de lumière nous suggère un espace froid, solitaire, horrifique et hostile comme un monde en « décomposition » (65) où il semble qu’ils soient emprisonnés dans un tunnel « souterrain, avec ces menaces, ces feux, cette absurdité semblables aux animaux des caves » (178) et, surtout, « avec la mort même...dans un emprisonnement surhumain, sans espoir » (178). La forêt déploie toute sa force imposante sur Claude et Perken et elle tente de détruire leur force de vivre et leur croyance dans l’existence d’un univers fraternel où se fait une humanité meilleure.[9]Malraux développe ses personnages dans un lieu réel plein d’images qui semblent vouloir symboliser l’allégoire du destin pour finalement créer un espace poétique où les héros sont permis de conquérir leur angoisse même si c’est seulement dans l’univers de l’imaginaire.[10]C’est finalement leur croyance en une réalité supérieure qui leur donne un sens de fraternité et qui rend leur vies plus profondes devant l’incohérence et le non-sens de l’humanité.

Ce grand thème du héros tourmenté dans la présence de l’absurde se répète aussi dans le récit Le temps du mépris dans lequel Malraux nous présente son personnage principal qui est réduit à combattre un univers tragique et ses éléments violents en cherchant son sens de vie. L’écrivain communiste Kassner se trouve enfermé dans l’absurdité d’un camp de concentration où la défense des droits humains contre les actes de torture et de mauvais traitements ainsi que la peine d’emprisonnement s’enracinent au cœur de la lutte pour la dignité humaine. Kassner doit combattre la folie dans la prison où il est tourmenté par la solitude qui devient pour lui un espace dans lequel ses impressions du monde et l’humanité sont élaborées. Bien qu’il connaisse très bien la misère de la vie humaine comme révolutionnaire, Kassner doit se défendre contre les brutalités des camps dans son « caveau, séparé du monde comme par le sommeil, par la folie » (28) qui remplissent son existence. Malraux développe un personnage à qui les souvenirs du passé et le goût de la culture sert à le transporter hors de sa misère afin de l’armer et de se protéger contre la folie qui l’envahit.[11] Le passage qui suit est un exemple frappant de l’importance de la musique dans sa lutte contre la décomposition mentale qui ne cesse de se répéter dans le récit :

Les images suscitées par la musique, rapides, n’avaient été que de spectacles; il fallait les faire entrer dans la durée. Tout le problème de la captivité était de cesser d’être passif. Peut-être Kassner parviendrait-il à vaincre l’hébétude, et la folie, l’obsession de l’évasion qui continuait sa vie souterraine, comme le salut éternel sous la vie pécheresse d’un chrétien. fl y avait encore autant de force en lui que de menace autour de lui (39).

Ici Kassner se rend compte qu’il faut se laisser aller aux pouvoir de sa mémoire et le spectacle d’images de son passé évoqué par la musique qui semble vouloir lui rappeler l’existence d’un monde compatissant hors de celui dans lequel il est emprisonné. Kassner prend conscience qu’il peut retrouver sa force de vivre et faire face à la mort avec dignité par le souvenir des activités à lesquels ils attachaient tant d’importance avant sa capture dans un monde de la « fraternité virile ». De plus, la musique sert à remplir le vide et la solitude de l’espace de la cave qui pèse sur son état mental et lui permet de maintenir une sorte de contact avec la réalité.[12] Ce thème de lutter contre la folie pour ne pas perdre contrôle de l’état mental se répète à travers l’expérience de Kassner dans le camp.

Bien que les souvenirs du passé lui permettent de se rattacher à la réalité, Kassner n’arrive pas à chasser tous les sentiments de l’angoisse de son esprit. La possibilité de la mort est toujours ancrée dans son inconscient et lui revient souvent dans ses rêves dans la « forme d’une vautour » sauvage et hostile (36). Néanmoins, Kassner lutte contre l’approche de la tourmente psychologique de ses rêves par finalement arriver à un espace colorée qui lui sert à combattre l’hostilité de la cave. Par exemple, llMARfSSEL, André. La pensée créatrice d’André Malraux, Paris, Éditions E Privat, 1979, p91.

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1 DRIEU LA ROCHELLE, Pierre. Malraux, l'homme nouveau, Dans Les critques de notre temps et Malraux, Paris, Garnier Frères, 1978, p48.

2 DAO, Vinh. André Malraux: ou la quête de la fraternité. Genève, Librarire Droz S.A., 1991, p180.

3 DE SAINT-CHERON, François. L’esthétique de Malraux, Paris, Éditions Sedes, 1996, p56.

4 FROHOCK, Wilbur M. André Malraux, New York, Columbia University Press, 1974, p86.

5 GAGNON, Renée. Mémoire de maîtrise, « La mise en scène du corps en arts visuels dans une perspective transdisciplinaire en peinture », Université du Québec à Chicoutimi, 1995, p38.

6 DE DIEGO, Rosa. L'écriture et la ville: Gabrielle Roy et Montréal, U. del Pais Vasco, 14 octobre 2003, Madrid, p1.

7 RESCH, Yannick. La ville et son expression romamanesque dans Bonheur d'Occasion de Gabrielle Roy, Marseille, Université d’Aix, 2006, Voix et Images, vol XIII, no2., p14.

8 PARTOUNE, Christine. La dynamique du concept depaysage, Université de Liège, 2004, Revue Education Formation, no 275, p11·

9 ARLAND, Marcel. "Les valeurs de Malraux", Dans Les critiques de notre temps et Malraux, Paris, Garnier Frères, 1978, p68.

10 TREMBLAY, Gisèle. Mémoire de maîtrise. « Liens de mémoire », Université du Québec à Chicoutimi, 1993, p12.

11 llMARfSSEL, André. La pensée créatrice d’André Malraux, Paris, Éditions E Privat, 1979, p91

12 FfTCH, Brian T. Les deux univers romanesques d'André Malraux, Paris, Archives des Lettres Modernes, no 52, p23.

Details

Seiten
11
Jahr
2007
ISBN (eBook)
9783656623939
ISBN (Buch)
9783656623878
Dateigröße
399 KB
Sprache
Französisch
Katalognummer
v270763
Institution / Hochschule
York University – Department of French Studies
Note
B +
Schlagworte
French André Malraux Essay Héros Malrucien Études Littéraires Litérature

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