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La conquête de la Tchétchénie et du Daghestan par l'Empire Russe au XIXè siècle

Seminararbeit 2013 26 Seiten

Geschichte - Asien

Leseprobe

Inhaltsverzeichnis

1. Introduction

2. Analyses
2.I Le milieu
2.II La mission des forces tsaristes
2.III Les moyens techniques des Montagnards
2.IV Les moyens techniques des forces tsaristes

3. La stratégie russe
3.I La campagne d‘Ermolov
3.II L‘expédition des biscuits militaires
3.III La campagne de Baryatinskiy

4. Les causes
4.I Les causes des échecs partiels russes
4.II Les causes de la victoire russe

5. Conclusion.

1. INTRODUCTION

Lors des dernières décennies, le Caucase a été le théâtre de multiples opérations militaires; les deux guerres de Tchétchénie, la guerre d‘Ingushie et la guerre d‘Ossetie. Ces conflits ont rappelé la position particulièrement importante du Caucase sur les plans géopolitiques et stratégiques. Car si ces conflits ont été encore vécus par nos contemporains plus ou moins indirectement (on notera que les médias ont tenu un rôle particulièrement important dans la guerre d‘Ossetie), la question du Caucase n‘a rien de nouveau. Que ce soit lors de l‘invasion de l‘URSS par la Wehrmacht ou lors de la création de cette même URSS, le Caucase a toujours tenu un rôle stratégique. Mais pour comprendre l‘importance de cette région et son rattachement à la Russie, Il faut remonter le temps, à l'époque du tsar Ivan Le Terrible qui déjà avait des vues sur cette région.

Cependant la colonisation du Caucase par la Russie a réellement pris un tournant décisif au cours du XIXè siècle et c‘est précisément sur cette période que s‘axe ce travail. Si l‘on considère souvent que la conquête du Caucase a sérieusement commencé vers la fin du XVIIIè siècle, la nomination en 1816 du général Aleksey Petrovitch Ermolov en tant que commandant en chef du corps du Caucase et proconsul du Caucase marque le début de vastes campagnes militaires qui ne s‘achèveront qu‘avec la capture en 1859 de celui qui deviendra le chef de la résistance: l‘imam Shamil‘.

Le présent travail se propose donc d‘analyser essentiellement sur le plan militaire, et de manière très synthétique en ne sélectionnant que trois campagnes, les actions russes afin de comprendre comment une armée, réputée aussi puissante que celle du tsar, mit plus de quarante années à battre un adversaire constitué de montagnards ne possédant pas de formations militaires, d‘industrie de masse ni d‘état-major à proprement parlé. En résumé; comment une gigantesque armée organisée s‘est elle retrouvée prise au dépourvu face à ce que l‘on qualifierait aujourd‘hui de terroristes ? Quelles furent ses erreurs mais aussi comment parvint-elle finalement à gagner ?

Pour y répondre ce travail s‘appuie principalement sur quatre monographies, soit A la conqu ê te du Caucase de Eric Hoesli, L ‘ aigle et le loup de Mairbek Vatchagaev, Muslim resistance to the tsar de Moshe Gammer et The russian conquest of the Caucasus de John Baddeley. Les données spécifiques et techniques ainsi que les cartes sont, quant à elles, tirées d‘internet.

Relevons encore que les dates données sont celles du calendrier russe, qui compte douze jours de retard sur le calendrier occidental. Les noms propres de localités sont données en russe. Enfin, la translitération va comme suit:[Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten] les autres sons correspondent à nos lettres latines.

2. ANALYSES

2.I. Le milieu

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

(Baddeley, The russian conquest of the Caucasus.)

Ainsi que l‘explique Moshe Gammer dans Muslim resistance to the tsar 1, le Caucase est souvent considéré comme la frontière entre l‘Asie et l‘Europe. Il s‘étend sur une largeur de 1‘100 kilomètres entre son nord-ouest et son sud-est et sa largeur varie entre 32-180 km. Il consiste en une chaîne irrégulière de montagnes, dont le point culminant est le Mont Elbrus à 5‘629m d‘altitude. Son centre est formé de deux chaînes principales de montagnes s‘élevant entre 2‘750 mètres à l‘Ouest, jusqu‘à 3‘900 mètres à l‘Est. La chaîne du nord, appelée Peredovoy, et sa voisine au sud, la Glavnyy, sont séparés d‘environ 10-15 kilomètres. Ces deux chaînes formaient alors un véritable mur séparant la Russie de l‘Empire Ottoman.

Au nord de la Perdedovoy se trouvent de plus basses montagnes aux pentes progressives n‘atteignant pas l‘altitude des glaciers. Elles s‘illustrent en revanche notablement par une dense végétation, en faisant un terrain couvert limitant grandement les distances de visibilité et de tir. Au sud de la Glavny se trouvent quelques montagnes dont les pentes abruptes tombent dans la dépression du fleuve Kura. Le haut Daghestan est quant à lui formé de hauts plateaux, séparés par les rivières Koysu, et de montagnes. Il est cerné par des chaînes de montagnes dont l‘altitude varie entre 2‘000-3‘000 mètres. Les canyons formés par les rivières Koysu sont si profonds et abruptes qu‘ils ne laissent de place que pour l‘eau des rivières. Il est donc impossible d‘y construire des routes. Les seules solutions de passages restent alors soit de progresser en colonne le long des corniches ou de traverser les plateaux de montagnes.

Contrairement à la Tchétchénie qui s‘ouvre, au Nord de la Peredovoy, sur des terres fertiles arrosées par de nombreux cours d‘eaux, le Daghestan est une contrée aride et rocailleuse.

Les principaux axes de communication sont la route militaire de géorgienne reliant Tbilissi à Vladikavkaz et la route militaire ossète, reliant Kutaissi à Alagir. Les fleuves Terek et Sunja forment les axes sur lesquels s‘est établie au cours du conflit, la Ligne, base de départ de multiples opérations militaires russes.

Durant tout le conflit, le point clé restèrent les forêts au Nord de la Peredevoy. C‘est la forêt qui permit aux adversaires des Russes appelés les Montagnards de mener des incursions à couvert. C‘est également la forêt qui protègeait l‘accès aux villages de montagnes où les Montagnards pouvaient se réfugier. Enfin la forêt et la végétation sont des gages de terres fertiles nécessaires à l‘approvisionnement en nourriture et fourrage.

2.II La mission des forces tsaristes

La mission des forces tsaristes au Caucase en 1816 était simple: coloniser le Caucase du Nord qui toujours et encore, avec sa population d‘irréductibles Montagnards, formait un mur aux aspirations expansionnistes du tsar.

Si les tsars voulaient intégrer le Caucase à l‘Empire c‘est parce qu‘il revêtait de l‘importance sur plusieurs aspects. Tout d‘abord, d‘un point de vue stratégique, sa conquête permettait d‘assurer - comme que le relève très justement Mairbek Vatchagaev dans L ‘ aigle et le loup en citant le Général-major Rotislav Andreevitch Fadeev2 - un meilleur contrôle sur la Mer Noire et la Mer Caspienne où se concentrait une grande partie des moyens militaires russes. C‘était également la frontière directe entre l‘Empire Ottoman, la Perse et la Russie. Economiquement le Caucase revêtait également un intérêt particulier en raison de ses plaines fertiles, ses pâturages de montagne et ses forêts permettant l‘exploitation du bois.

Dans une première phase la mission consistait à pacifier la région où les colons russes étaient régulièrement victime de raids des Montagnards. Ces derniers n‘étaient cependant pas unis. Il s‘agissait de différents peuples, regroupés en communautés autonomes, et vivant partiellement de pillages. La Russie s‘est donc retrouvée engagée dans un conflit totalement asymétrique proche de ce que l‘on nommerait aujourd‘hui un engagement anti-terroriste. Elle réagit en lançant des expéditions punitives et des raids. Mais face à cette répression - dont l‘analyse suivra dans les prochains chapitres - des chefs montagnards parvinrent à unifier ces peuples, de gré ou de force, et à mettre sur pied une résistance organisée. Parmi ces chefs, le plus illustre reste incontestablement l‘imam Shamil‘.

Avec la montée en puissance de Shamil et l‘évolution vers un conflit symétrique, la mission russe changea quelques peu et s‘orienta vers un nouveau but; la neutralisation de Shamil‘. Les raids évoluèrent en gigantesques campagnes, s‘agrandissants au long des années et des nominations de commandants du Caucase.

2.III Les moyens techniques des Montagnards

Le Caucase a derrière lui une longue tradition d‘armurerie. Les Montagnards étaient équipés de fusil à silex de bonne qualité, à canons rayés, précis jusqu‘à environ 150-200 mètres. n‘ayant rien à envier à ceux des Russes - jusqu‘à ce que ces derniers passent au milieu du XIXè siècle au système à percussion. Les Montagnards étaient également équipés de tromblons permettant le tir de projectiles multiples - telle la chevrotine - dont la courte portée était largement compensée par la probabilité d‘atteinte au but. De plus, les Caucasiens avaient développés les tubes à poudres, appelés gazyr, faciles d‘accès puisque portés sur la poitrine et contenant la dose nécessaire de poudre pour le bourrage du canon. Enfin ils avaient une réputation d‘excellent tireurs.

Les armes blanches caucasiennes, quant à elles, jouissaient une réputation mondiale en terme de qualité. Les Montagnards étaient systématiquement équipés du kinjal 3 ou de glaives dont la longueur variait respectivement entre 30-70 centimètres et 70-85 centimètres.

Les moyens d‘artillerie des Montagnards étaient, en revanche, très réduits et se résumaient aux pièces capturés aux Russes ou à quelques tentatives de production sous l‘ère Shamil‘ mais dont la qualité laissait grandement à désirer.

De nombreux villages du Caucase possédaient leurs propres armuriers, ce qui permettait la mise en place de milices locales sans avoir à souffrir des contraintes liées à un pôle de production centralisé, et donc stratégique, à l‘exception des lieux d‘exploitation de salpêtre et de métaux - dont l‘éventuelle perte se révèlerait catastrophique. Les Caucasiens étaient donc aptes en tout temps à produire des armes; mais souvent elles sortaient de plusieurs ateliers différents, le bois étant travaillé par un artisan spécifique, le métal par un forgeron.

Enfin les Montagnards avaient deux grands avantages tactiques. Le premier, à l‘opposé des Russes, était une parfaite connaissance du terrain leur permettant d‘attirer l‘adversaire dans des pièges imprévus et de barrer les voies de communications; le second que les Montagnards, à l‘opposé des Russes, n‘avaient pas besoin - et surent s‘en passer - de moyens logistiques. Ils gagnaient donc en mobilité et étaient de facto parfaitement à même de mener leurs opérations où bon leur semblait sans avoir à se soucier des voies de communication nécessaires à cette logistique.

Les effectifs des Montagnards restent très difficiles à estimer, d‘un côté par le manque de données statistiques et de l‘autre en raison des multiples trahisons. En effet, régulièrement des villages se tournaient vers la Russie ou Shamil‘ puis changeaient de camps pour parfois à nouveau trahir celui à qui ils avaient prêté allégeance. De plus, jamais une mobilisation générale de l‘imamat de Shamil‘ ne fut proclamée. Mairbek Vatchagaev relève cependant en citant Gadji-Ali qu‘«au cours des opérations militaires les plus importantes, la totalité des troupes levées simultanément ne dépassa jamais douze à quinze mille hommes», avant d‘ajouter que «Selon Hadji-Mourat, l‘effectif total dont disposa Chamil en 1851 s‘élevait à trente mille hommes».4

L‘armée de Shamil‘ fonctionnait sur un système mixte de professionnels et de levée en masse. Potentiellement il devait pouvoir lever 30‘000-40‘000 fantassins et cavaliers. Chaque homme majeur était mobilisable et devait disposer de son matériel personnel. Les levées en masse relevaient de la responsabilité des chefs locaux ou militaires et s‘organisait généralement par détachements de 50, 100 ou 500 hommes. Au début des années 1840, des murtazek, unités de cavalerie, devaient être fournies à Shamil‘. Un foyer sur dix avait la responsabilité de fournir un murtazek mobilisable à tout moment. Ceux-ci étaient organisés en groupes de 10, 100 et 500 effectifs. En parallèle de ces miliciens, Shamil‘ disposait de corps d‘élites, les murid - dont 120 d‘entre eux ainsi que 12 chefs d‘équipes, les dibir, escortaient en permanence l‘imam - et d‘un détachement d‘infanterie légère dont l‘effectif variait entre 200 et 300 hommes qui le suivaient dans tous ses déplacements. Enfin l‘imam disposait également d‘un bataillon russe composé de déserteurs et de prisonniers de guerre.5

2.IV Les moyens techniques des forces tsaristes

Jusqu‘à la première moitié du XIXè siècle, les Russes, tout comme les Tchétchènes, étaient équipés de fusils à silex. Ce n‘est qu‘à partir de 1844 que l‘armée russe commença à modifier ses fusils avec des systèmes à percussion. Le système à percussion permettait une meilleure cadence de tir et surtout une bien plus grande fiabilité de l‘arme, les platines à silex étant très sensibles aux éléments naturels (vent, eau). Cependant, la production de fusils à percussion et canons rayés était largement insuffisante pour équiper l‘intégralité du corps du Caucase. Seule une partie des unités purent en être équipés et seulement au fil des années. Quant à la qualité de fabrication, elle laissait clairement à désirer en comparaison aux autres armées européennes.

Contrairement aux Montagnards, les Russes bénéficiaient d‘une bonne dotation en pièces d‘artillerie. Cependant, si elle offrait une bonne puissance de feu pour la conduite de sièges, elle posait clairement de grands problèmes de mobilité et de logistique. Bien que modifiés sous l‘ère d‘Ermolov pour être allégés, les canons pesaient, malgré tout, une centaine de kilos environ auxquels il fallait ajouter toute la logistique nécessaire pour le transport de munitions et de poudre. L‘artillerie de montagne n‘apparut, quant à elle, qu‘en 1842.

Les russes disposaient de plusieurs types d‘unités qui vinrent s‘ajouter au corps du Caucase au fur et à mesure de son enlisement. La base des forces était formée par des unités de l‘armée régulière soit: les chasseurs, les mousquetaires et l‘artillerie, habitués aux modes de combats conventionnels comme pratiqués lors de la guerre contre Napoléon. Plus tard un régiment de dragons prit également part aux opérations.

Les russes disposaient également de gardes-forts, inaptes à l‘engagement dans le terrain et répartis dans les forteresses de la Ligne. La Ligne consistait en une série de fortifications étalées le long des axes fluviaux du Terek et de la Sunja. Elles servaient de bases de départ aux unités russes.

Parmi les troupes irrégulières citons encore les Cosaques. Ces unités combattaient, contrairement à l‘armée régulière, comme les Montagnards mais, comme le dit Moshe Gammer, ni eux, ni leurs chevaux n‘équivalaient les Montagnards. Ils disposaient de leur propre artillerie avec laquelle ils combinaient leurs actions. Ils étaient principalement utilisés comme auxiliaires par l‘armée russe.6

Enfin les Russes disposaient de milices locales qu‘ils utilisaient pour des buts politiques et à des fins de renseignement.

Au cours des années, le corps du Caucase est passé d‘environ 50‘000 effectifs dans les années 1820-1830 à environ 200‘000 effectifs dans les années 1850. Approximativement 80-85% de ces effectifs étaient constitués par l‘infanterie régulière.

3. LA STRATEGIE RUSSE

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(http://www.rusdeutsch.ru/image/history/Glava3/Кавказ%20в%2018-19%20вв..jpg)

3.I La campagne d‘Ermolov

L‘ère du général Aleksey Petrovich Ermolov marque la situation de départ de la conquête définitive du Caucase. Nommé proconsul du Caucase et commandant générale de l‘armée du Caucase, il restera à son poste jusqu‘au 28 mars 1827.

Engagé pour pacifier la région, sujette aux incursions des montagnards qui échappaient encore au contrôle russe, Ermolov va tenter d‘appliquer une stratégie de russification de la région au détriment des grandes batailles malgré son avantage numérique. En effet, sur sa demande, le tsar avait accepté d‘augmenter le corps d‘armée géorgien à 15 régiments, soit 8 régiments d‘infanterie, 4 régiments de chasseurs, 2 régiments de grenadiers, et 1 régiment de carabiniers. Chacun de ces régiments devait théoriquement compter 3‘900 hommes dont 300 cadres. Chaque bataillon devait être constitué de 100 cadres et 1‘200 hommes, auxquels Ermolov pouvait encore ajouter, s‘il était nécessaire, 1 officier par compagnie soit 12 au total. Quant à l‘état-major, celui-ci était composé de 7 officiers-EM. Ermolov pouvait donc compter sur une armée de 50‘000 hommes. La capacité des régiments caucasiens fut augmentée plus tard de 5 bataillons soit plus de 6‘000 hommes, venus des bataillons d‘Apsheron, de Kurin, de Kabardie, de Shirvan, de Navagin.7

La première démarche d‘Ermolov fut de déplacer la ligne militaire des rives du Terek, en Tchétchénie, jusqu'à la Sunja, s‘appropriant ainsi les terres fertiles du Caucase. Il prônait une politique de cohabitation avec les autochtones à conditions que ceux-ci se soumettent totalement à l‘administration russe, payent des impôts et cessent immédiatement les raids sur les colonies russes. De leur côté, les Tchétchènes étaient tout sauf enclins à accepter de telles conditions, ne reconnaissant aucun pouvoir étatique qui leur soit supérieur.

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(Baddeley, The russian conquest of the Caucasus.)

Lorsqu‘il apprit le projet de faire construire des forteresses le long de la Sunja, le chef de guerre tchétchène Beibulat Taimiev entreprit de faire massivement déplacer les populations des plaines vers les montagnes. Dans le même temps, Ermolov commença la construction des forteresses et donna naissance à celle de Groznaia, aujourd‘hui Grozny.

Ces forteresses revêtaient un intérêt stratégique capital. Elles se situaient à la limite des forêts qui formaient un terrain couvert, empêchant une progression sûre des Russes. Cependant, elles constituaient le terrain-clé pour Ermolov car elles permettaient aux assaillants d‘évoluer à couvert en direction des colonies russes à attaquer. Les forteresses allaient donc à la fois servir de ligne de défense pour les Russes mais aussi de base de départ pour permettre la mise en place d‘un autre plan combiné; celui de la déforestation et des actions punitives. Pour les Montagnards, les forteresses étaient devenues l‘obstacle à abattre et, dès le début de leur construction, les Russes durent se défendre des attaques des Tchétchènes et des Daghestanais ralliés à leur cause.8 Ermolov organisa des expéditions punitives, qui impliquèrent de violents affrontements avec les Montagnards et la destruction des villages. Si les attaques et la répression engagèrent les troupes d‘Ermolov dans de durs engagements, elles n‘empêchèrent pas l‘achèvement, en 1819, de la forteresse de Goriachedovskaia, dernière venue de la nouvelle Ligne formée par Groznaia, Shelkovskaia, Vnezapnaia et Pregradnyi Stan. L‘année suivante, ce seront au tour de Neotstupny Stan, de Zlobny, de Gerzel et d‘Urus Martan d‘être construites.

Dans le même temps, Ermolov s‘occupa également du Daghestan, en conquérant les territoires de plaines jusqu‘aux piémonts, forçant les résistants à se replier dans la montagne. De fait, avec la construction des forteresses et le contrôle des terres fertiles, Ermolov atteignait son objectif: assiéger le Caucase.

En combinaison avec les expéditions punitives qui répondaient aux attaques des Montagnards, Ermolov mit en place dès 1819, une vaste campagne de déforestation en Tchétchénie, dont le but était d‘éliminer l‘obstacle principal que constituait la nature. Le 21 octobre 1821, sous menace d‘exécution d‘otages, tous les villages kachalyks furent mobilisés pour couper du bois. Cet événement fut déclencheur d‘un projet de révolte unifié derrière Taimiev Beibulat, premier grand chef de la résistance tchétchène. Car si les Russes avaient put jouir jusqu‘à présent d‘une désorganisation totale de la résistance montagnarde, Taimiev allait devenir progressivement le commandant en chef d‘une résistance unifiée.

La résistance montagnarde allait créer un enchaînement croissant des engagements de parts et d‘autres. Face à la montée en puissance des Montagnards, les expéditions punitives se multiplièrent. En février 1822, le général Grekov détruisit les villages de Germenchuk, Shali et Malye Atagi. Jusqu‘en 1825, les actions entre forces russes et caucasiennes se multiplièrent mais les Montagnards perdirent globalement l‘avantage, du fait que l‘armée russe évoluait encore sur des terrains relativement plats.

[...]


1 GAMMER Moshe, Muslim resistance to the tsar. Shamil and the conquest of Chechnia and Daghestan, Oxon, 2004, p.11-17.

2 VATCHAGAEV Maïrbek, L ‘ aigle et le loup. La Tch é tch é nie dans la guerre du Caucase au XIX è si è cle, Paris: Buchet/ Chastel, 2008, p. 67-68.

3 Poignard traditionnel.

4 Vachagaiev, p.231.

5 Ibid, p. 230-235.

6 Gammer, p.23-24.

7 BADDELEY John, The russian conquest of the Caucasus, Londres, Longmans, Green and co. 1908 et Джон Баддели, Завоевание Кавказа русскими . 1720-1860, Центрполиграф; М.; 2011 ISBN 978-5-227-02749-8, http:// www.cerkesarastirmalari.org/pdf/ruscakitaplar/istoriya/Baddeli_Zavoevanie_Kavkaza_russkimi._1720-1860.pdf. (22.II. 2013). Notons à ce sujet que la traduction russe parle de 4 régiments d‘artillerie et non de chasseurs.

8 Progressivement, les Daghestanais se sont ralliés à la cause tchétchène, comprenant bien qu‘une chute de la Tchétchénie signifierait une colonisation du Daghestan par les Russes.

Details

Seiten
26
Jahr
2013
ISBN (eBook)
9783656643043
ISBN (Buch)
9783656643005
Dateigröße
10.5 MB
Sprache
Französisch
Katalognummer
v271963
Institution / Hochschule
Université de Genève
Note
Schlagworte
tchétchénie daghestan empire russe xixè

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Titel: La conquête de la Tchétchénie et du Daghestan par l'Empire Russe au XIXè siècle