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L'eau comme enjeu de tension et de coopération en Asie du Sud

Les litiges géopolitiques sur la gestion des fleuves transfrontaliers en Asie du Sud peuvent t’ils conduire à un conflit armé?

Hausarbeit 2018 12 Seiten

Politik - Internationale Politik - Thema: Geschichte der Internationalen Beziehungen

Leseprobe

Table des matières

Introduction

I. Des fleuves stratégiques pour le développement et l’avenir des pays
1. Des états interdépendants
2. L’eau, un élément indispensable à la vie
3. Des besoins grandissants en eau malgré une ressource qui s’épuise

II. Des accords politiques inégaux qui favorisent la controverse
1. Des accords historiques sur la gestion des fleuves transfrontaliers
2. Une vision unilatérale des accords
3. Emergence des tensions transfrontalières

III. Des tensions politiques interétatiques à une gestion militaire
1. Un dialogue rompu : les traités atteignent-ils leurs limites ?
2. La solution armée

Conclusion

Annexes

Bibliographie

Sommaire

Problématique : Les litiges géopolitiques sur la gestion des fleuves transfrontaliers en Asie du Sud peuvent t’ils conduire à un conflit armé ?

Introduction

Les fleuves d’Asie du Sud, dont la principale source provient seulement de l’Himalaya et du plateau tibétain servent communément de frontières à nombre de pays. Dans ce contexte la demande croissante en eau pour chaque état pourrait-elle conduire à des conflits armés ?

Nous montrerons dans un premier temps en quoi les fleuves sont stratégiques pour ces pays qui de fait sont interdépendants de cet élément indispensable à la vie et à leur prospérité, mais dont les ressources s’épuisent[1].

Puis nous regarderons quels sont les accords politiques qui régissent ces fleuves et peuvent, de part des applications inégales, aboutir à des tensions transfrontalières voire une surveillance militaire.

Enfin, nous verrons si ces tensions politiques interétatiques peuvent s’altérer, allant de la rupture de dialogue à la solution armée.

I. Des fleuves stratégiques pour le développement et l’avenir des pays

1. Des états interdépendants

En Asie du sud, les fleuves Mékong, Brahmapoutre, Gange, Indus, Syr-Daria, et Amou-Daria prennent leurs sources sur les plateaux et montagnes de l’Himalaya avant de s’écouler à travers l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Népal, la Chine et plus largement de la mer d’Aral à la Mer de Chine méridionale, en passant par le Golfe du Bengale. La chaîne de l’Himalaya et la région du Tibet représentent un réservoir d’eau naturel géostratégique et politique pour l’ensemble des pays asiatiques. Car par exemple, pour le Pakistan, 64% de ses ressources en eaux proviennent des fleuves Indus et Brahmapoutre.

Dans cette répartition de l’eau, tous les pays n’ont pas la même chance. Si le Népal, la Chine ou l’Inde peuvent se targuer d’être les premiers territoires par lesquels les fleuves s’écoulent, d’autres, plus proches de la mer ou vers les terres n’arrivent qu’à la fin du circuit. Ceci qui conduit à une gestion difficile des fleuves transfrontaliers car être en amont ou en aval peut conduire à un rapport de force, notamment pour le Pakistan, le Bangladesh et le Vietnam. Pour ces pays, plus de 60% des ressources en eau proviennent d’un autre État[2].

2. L’eau, un élément indispensable à la vie

En dehors de toutes évidences environnementales ou écologiques, l’eau est indispensable aux pays notamment pour l’agriculture, où comme le révèle la FAO dans un rapport de 2016, l’irrigation des champs agricoles pakistanais dépend à plus de 72% des fleuves et rivières. On peut citer comme autres exemples que l’électricité indienne provient pour 10% des centrales hydroélectriques, que le Bangladesh puise pour plus de 90% de son eau potable dans le Gange et le Brahmapoutre distribuant ainsi de l’eau à plus de 162 millions de personnes[3]

Enfin, l’eau est sans conteste, aussi un élément indispensable à l’agriculture, au transport fluvial, à la pêche, à la production électrique, au tourisme, à la biodiversité, à la survie des populations…

3. Des besoins grandissants en eau malgré une ressource qui s’épuise

Globalement, les pays d’Asie du Sud ne manquent pas d’eau mais celle-ci est inégalement répartie et certains pays trop dépendants, comme le Pakistan, ont vu cette ressource disponible chuter de près de 50%. Selon la F.A.O, cette ressource était en l’an 2000 de 2961m3/an/habitant, puis à 1420m3/an/habitant en 2005, pour finir aujourd’hui à 500m3/an/habitant ce qui est en dessous du stade « critique » selon les préconisations de PNUD et de la FAO[4].

L’Inde souhaiterait développer son potentiel hydroélectrique à 18.000MW contre seulement 4000MW aujourd’hui. La construction de nouvelles centrales hydroélectriques réduiraient l’eau disponible de l’Indus de moitié pour le Pakistan ; projet contesté par le Premier Ministre pakistanais. Celui-ci va devoir avoir recours à l’arbitrage de la commission des eaux de l’Indus qui a en charge la prise de décision finale. Le problème est d’autant plus important que la Chine, alliée du Pakistan, multiplie les projets de barrage au Tibet, en amont de l’Inde. Les projets chinois bloqueraient ainsi l’un des affluents du Brahmapoutre, ce qui serait une catastrophe pour le Bangladesh.

L’eau de l’Himalaya et du plateau tibétain provient à plus de 60% des moussons, 30% de la fonte des neiges saisonnières et pour 10% de la fonte des glaciers himalayens ayant pour cause le réchauffement climatique. Pourtant, le développement des centrales hydroélectriques, des cultures agricoles, de coton, l’industrialisation massive de l’Inde et l’accroissement démographique ont fait chuter la moyenne d’eau disponible par habitant de plus de 50% en 10 ans sur l’ensemble des pays traversés par ces fleuves.

II. Des accords politiques inégaux qui favorisent la controverse

1. Des accords historiques sur la gestion des fleuves transfrontaliers

En 1960, sous l’égide de la Banque Mondiale, fut signé le traité de l’Indus entre l’Inde et le Pakistan, donnant naissance à une commission bilatérale pour assurer une meilleure répartition des eaux de l’Indus, chargée de l’application du traité. Cet accord alloue au Pakistan les trois cours d’eau dits « occidentaux » (L’Indus et ses deux affluents Jhelum et Chenab) et à l’Inde les trois dits « orientaux » (Ravi, Beas, Sutlej).

Le 21 mai 1997 est adopté à l’ONU la « Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation », prônant une utilisation « équitable et raisonnable » des eaux par les états riverains qui ne doit causer « aucun préjudice significatif » aux autres pays et une « obligation générale de coopérer ». Ce document est aujourd’hui considéré comme le document juridique le plus important pour la gestion transfrontalière[5] des cours d’eau.

Pourtant cette dernière convention n’est entrée en vigueur que le 17 aout 2014, soit 17 ans plus tard, grâce à la ratification du 35ème état et du seul état asiatique signataire : le Vietnam[6].

2. Une vision unilatérale des accords

Comment déterminer si un préjudice est significatif ? Dans le cas des fleuves transfrontaliers, on observe plusieurs doctrines. L’idée d’une souveraineté nationale absolue qui permettrait à un pays d’utiliser à sa guise l’eau présente sur son territoire, et d’autres qui défendent l’idée qu’un pays n’a pas le droit d’agir sur un fleuve transfrontalier car cela pourrait porter préjudice aux pays situés en Aval[7]. Alors, on fait face à une sorte de compromis où les pays peuvent utiliser « raisonnablement » le fleuve. Or, la définition d’un usage « raisonnable » et « équilibré » ne fait pas consensus.

De nombreux parties politiques au Pakistan, en Inde, au Népal, s’élèvent pour demander une véritable coopération interétatique dans la gestion globale des fleuves[8]. Mais ce désir obligerait les états à abandonner totalement leur souveraineté nationale sur les fleuves.

3. Emergence des tensions transfrontalières

Dans un contexte de réchauffement climatique, de développements économiques, démographiques, industriels et agricoles, les États ont de plus en plus besoin d’eau, alors une crainte née : celle d’en manquer. Les pays en amont n’hésitent pas à user de leur position dominante et multiplient les projets hydrauliques sur l’ensemble des fleuves et avec eux, des litiges entre États.

Le Bangladesh, où pourtant coule le Ganges et le Brahmapoutre est déjà obligé d’importer 91% de son eau consommable depuis d’autres états, affectant la qualité de vie locale, le pouvoir d’achat, l’agriculture ainsi, l’eau devient un bien de convoitise comme au Pakistan ou en Afghanistan[9].

Souvent les aménagements cristallisent toutes les tensions par la réduction du débit d’eau dans les pays en aval, une salinité accrue des sols, une diminution des ressources halieutiques… Ainsi, au Bangladesh, ne pouvant plus cultiver les sols, des millions de personnes ont dû déménager. Sur le Mékong, les barrages ont eu un effet désastreux sur l’économie où jusqu’alors on y pêchait 2.5 millions de tonnes de poissons chaque année… La liste des conséquences de la multiplication des barrages et d’une gestion égoïste des fleuves paraît sans fin.

Par exemple au Pakistan, la trentaine de barrages construits, ou en passe de l’être, par New Delhi alimente les pires accusations où certains groupes djihadistes ont dernièrement lancé des menaces terroristes sur le thème de « l’eau ou le sang »[10]. Mais, à chaque nouveau conflit, l’Inde rappelle au Pakistan sa position dominante et fait planer la menace de couper l’eau.

III. Des tensions politiques interétatiques à une gestion militaire

1. Un dialogue rompu : les traités atteignent-ils leurs limites ?

Entre 1999 et 2008, le projet indien du barrage de Baglihar dans la région du cachemire indien inquiète le Pakistan car cet immense barrage pourrait avoir un impact négatif sur le débit d’eau s’écoulant dans le pays. Pour la première fois depuis 1960, les deux États ont fait appel à la Cour permanente d’arbitrage de la Haye pour résoudre des désaccords, qui bloquaient même la commission du traité de l’Indus. Un compromis sera finalement trouvé et l’Inde sera contrainte de réduire l’ampleur du projet.

Les relations entre l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, la Chine ne cessent de se dégrader, en mai 2012, le président Maulana Fahzur Rahman, leader du parti islamiste Ulemai-islam, accuse lors d’une réunion du comité spécial du parlement pakistanais, l’Inde de « terrorisme de l’eau ». Des propos repris par le cerveau présumé de l’attentat de 2008 de Bombay, Hafiz Saeed, qui menace l’Inde d’attaques sur ces installations hydroélectriques[11]. L’Inde reproche à la Chine un égoïsme de l’eau alors qu’elle inflige elle-même la même politique à ses voisins situés en en aval. Le Bangladesh se plaint amèrement des projets indiens de retenues d’eau sur le Brahmapoutre comme sur le Gange. Au sein même de ses propres états fédérés, l’Inde n’arrive pas à des consensus, comme l’a démontré l’hostilité du Bengale-occidental, en faisant échouer en 2011 le projet d’accord indo-bangladais sur la rivière Teesta[12].

Face à ces situations conflictuelles, la seule issue semble être la coopération transfrontalière. Mais les tentatives d’alliances entre les États se retrouvent souvent dans l’impasse voire en échec. Sur le Mékong, où le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam ont réussis à créer la Mékong River Commission[13], la Chine ne reste qu’un simple observateur. Aucune législation ne permet ainsi de légiférer sur sa construction de barrages.

En parallèle du traité de l’Indus, une Commission bilatérale pour les eaux de l’Indus a été créée entre l’Inde et le Pakistan. Son objectif est de veiller à l’application des termes du traité et régler les litiges mineurs entre les deux États. Ce traité a permis, jusqu’à aujourd’hui, un statu quo entre les deux pays sur la gestion de l’Indus. Ceci lui vaut d’être souvent considéré comme une coopération réussie dans la résolution de litiges liés aux fleuves transfrontaliers. Mais, depuis 1990 les besoins en eau se font de plus en plus sentir et entrainent avec eux, la peur de manquer de cette ressource indispensable. Ainsi à chaque nouveau conflit, l’Inde fait planer la menace de couper l’eau au Pakistan en lui rappelant sa position dominante, et cette peur remet progressivement en cause le traité[14].

2. La solution armée

Depuis maintenant 5 ans, le pont Saraighat sur le fleuve Brahmapoutre à Guwahati est gardé par des soldats de l’armée indienne. Dernièrement deux États du sud indien ont fait l’objet d’émeutes après une décision contestée de la Cour suprême sur la gestion du fleuve Cauvery. Ce conflit a conduit jusqu’à l’instauration d’un couvre-feu. Mi-septembre 2016, la base militaire d’Uri au Jammu-et-Cachemire a été attaquée suite à des conflits sur l’eau, et le Premier Ministre indien Narendra Modi a décidé de venger son pays non pas qu’en prenant les armes mais aussi en coupant l’accès à l’eau à son rival pakistanais[15].

L’Inde dispose depuis 2014 de soldats spécialisés sur l’eau. La stratégie de renseignement militaire indienne porte une importance capitale sur les nouveaux projets de barrages[16], le Bangladesh met tout en œuvre pour sauver son pays d’un assèchement certain. Les 12 plus grands barrages indiens, pakistanais et chinois des fleuves de l’Himalaya et du plateau tibétain sont aujourd’hui surveillés et défendus par les militaires.

A chaque nouveau conflit entre les pays d’Asie du Sud, la menace d’une guerre de l’eau réapparaît. Les armes seraient-elles la solution d’avenir à la résolution des conflits autour de l’eau ? Comment pourra réagir l’Inde, le Pakistan ou le Bangladesh devant des millions de personnes assoiffées ?[17] Il en ressort que dans un premier temps la sécurisation, la surveillance militaire et des aménagements des fleuves sont capitaux pour éviter des sabotages, des émeutes, des pollutions criminelles…

[...]


[1] https://asialyst.com/fr/2016/10/05/asie-la-guerre-de-leau-aura-t-elle-lieu-sur-les-fleuves-transfrontaliers/ par Cyrielle Cabot le 05.10.2016 Consulté le 06/01/2018

[2] [2] https://asialyst.com/fr/2016/10/05/asie-la-guerre-de-leau-aura-t-elle-lieu-sur-les-fleuves-transfrontaliers/ par Cyrielle Cabot le 05.10.2016 Consulté le 06/01/2018

[3] “L’eau : géopolitique, enjeux, stratégies” septembre 2008 – Franck Galland – CNRS éditions p12.43.78

[4] http://www.fao.org/nr/water/aquastat/basins/indus/index.stm Consulté le 15/01/2018 - Food and Agriculture Organization of the United Nations

[5] http://www.riob.org/IMG/pdf/UN-Watercourses-Brochure-Fr.pdf consulté le 02/01/2018 - WWF

[6] https://www.iucn.org/fr/content/entrée-en-vigueur-de-la-convention-des-nations-unies-sur-le-droit-relatif-aux-utilisations - Union International pour la Conservation de la nature consulté le 14/01/2018

[7] Sylvie Paquerot, "Eau douce – La nécessaire refondation du droit international", Presses de l’Université du Québec, 2005, pp.11-12.

[8] http://www.keskiscpass.com/wordpress/leau-enjeu-geopolitique-primordial-en-asie-du-sud-est/ Interview en date du 03.11.2016 de Frédéric Lasserre, géographe et géopoliticien expert sur l’eau, professeur à l’université de Laval, Québec Consulté le 15/01/2018

[9] http://www.svabhinava.org/indochina/alainlamballe/EauConflits-frame.php consulté le 15/01/2018 l’eau, source de conflits en Asie du Sud, Article paru dans la revu « Guerres mondiales et conflits contemporains » N°195/2000

[10] http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/03/12/chine-inde-et-pakistan-se-disputent-l-eau-de-l-himalaya_1656516_3244.html Article de Frédérique Bobin en date du 14.03.2012 Consulté le 11/01/2018

[11] https://www.dawn.com/news/741914/india-should-not-stop-pakistani-water-fazlur Article du 13 aout 2012 consulté le 11/01/2018

[12] http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/03/12/chine-inde-et-pakistan-se-disputent-l-eau-de-l-himalaya_1656516_3244.html Article de Frédérique Bobin en date du 14.03.2012 Consulté le 11/01/2018

[13] http://www.mrcmekong.org/ - Commission internationale chargée de coordonner, promouvoir, gérer l’exploitation des eaux du bassin du Mékong

[14] L’eau en Asie du Sud : confrontation ou coopération ? de Alain lamballe aux éditions de L’harmattan février 2009 p.93

[15] http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20160918-cachemire-inde-mort-soldats-attentat-terroriste-base-militaire-uri publié le 18/09/2016 consulté le 04/01/2018

[16] L’eau source de conflits en Asie du Sud, Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 195, septembre 1999 ; L’eau dans le conflit du Cachemire, La revue de l’Inde, avril-juin 2007

[17] « l’importance stratégique de l’eau » par Franck Galland, Géoéconomie 2009/3 (N°50) www.cairn.info

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Seiten
12
Jahr
2018
ISBN (eBook)
9783668682054
ISBN (Buch)
9783668682061
Dateigröße
1 MB
Sprache
Französisch
Katalognummer
v419413
Note
Schlagworte
asie

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