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Les avatars de la transgression chez Marguerite Duras. L’exemple de "L’Amant", avec un commentaire sur "Moderato Cantabile"

Hausarbeit (Hauptseminar) 2018 21 Seiten

Literaturwissenschaft - Moderne Literatur

Leseprobe

Tables des matières

Introduction

1. Transgression: observations préliminaires

2. Dialectique de l’ambigüité

3. Transgression: la femme et la société

4. Transgression et la colonie

5. Moderato Cantabile

Conclusion

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Littérature Primaire

Littérature Sécondaire

Introduction

Il a déjà été observé dans la littérature spécialiséeque l’œuvre de Marguerite Duras est ouverte à diverses possibles lectures et qu’elle échappe toujours à des essais d’unifier la voix de l’auteure dans un message univoque1. Dans ce sens, le passage de p. 50-53 est notable non seulement de la présence de la transgression comme l’un des moteurs centraux de l’écriture durassienne, mais le passage indique aussi comment cette transgression est travaillée selon une logique multiforme. Dès lors, le passage indique à la fois, les difficultés de la relation de la jeune avec sa famille, en particulier avec sa mère et la condition pauvre de cette famille de blancs vivant dans la colonie. Le passage est aussi révélateur de l’aliénation de la jeune fille par rapport à son milieu, ce qui est mis en évidence par l’accent qui est mis sur la dialectique entre intérieur et extérieur. Cependant, comme le restant du texte le met en évidence, c’est la volonté de la jeune fille qui s’affirme face aux structures desquelles son parcours va l’éloigner. En dernier, son rapport avec le corps du chinois sera caractérisé par une dynamique fort ambigüe, ici suggérée avec la référence au frère ainé de la jeune fille. Comme il sera démontré, le rapport avec le chinois ne se donne pas de façon uniforme, il n’est pas non plus absent des exceptions. Cette relation devient même le signe majeur non seulement de l’ambiguïté, qui comme sera discutée est intrinsèquement liée à la question de la transgression, mais il est aussi le signe de la complexité de la relation entre une fille blanche avec un chinois, transposée sur l’écriture de la transgression de Duras. Il s’agira donc, de rentrer dans le détail de ces considérations ainsi que d’en élargir les conséquences, des propos qui sont déjà présents dans ce passage.

Le présent texte se propose, donc à examiner la problématique de la transgression chez Duras et d’en révéler son détail, surtout en ce qui concerne les différents avatars de la transgression. Il sera aussi occasion de discuter de quelle manière le choix de représenter la transgression s’est achevé moyennant des personnages féminines obstinées, ce qui le personnage de la jeune fille dans l’ Amant illustre avec primauté. Comme va bien le défendre Ledwina, en choisissant la thématique de la transgression en tant que fil conducteur de plusieurs de ses romans, Duras est en train d’affirmer que la volonté individuelle est ce qui permet les personnages de se poser la question de l’identité et de se reconnaître comme un autre (p. 14). L’obstination revient au premier plan car, comme la spécialiste continue, « Transgresser équivaut chez l’auteure de L’Amant à enfreindre un interdit mais aussi à dépasser les bornes, à rechercher l’excès, la démesure »2 (Ledwina, 2013: p. 26). Dans une telle quête, motivée en grande partie par le désir transgressif, il sera bien le cas des situations limites et des images qui mettent bien en évidence le passage d’un état à l’autre et surtouts les mouvements et les choix qui sont par eux déclenchés.

De sorte à mener à bien ce travail, notre commentaire va partir du passage de p. 49-52, tiré de l’ouvrage L’Amant. Une section à la fin, portant sur un autre passage de l’ouvrage de Duras, Moderato Cantabile, sera chargée de relever des similarités thématiques entre les deux ouvrages par rapport au sujet discuté. En ce qui concerne l’organisation interne du texte, dans un premier moment, la thématique de la transgression chez Duras sera présentée et son amplitude dûment appréciée. Dans un deuxième moment, nous examinerons l’ambiguïté qui est suggérée dans le passage pour la révéler en communication ouverte avec l’écriture de la transgression. Ensuite, le parcours de la jeune fille sera analysé, de sorte à mieux comprendre le rôle qui est joué dans le texte par cette volonté individuelle, dont la présence organise le passage cité. Toujours sur la thématique de la transgression, il sera alors le moment d’examiner si et comment le texte de Duras se positionne par rapport à la réalité imposée par le fait de la colonisation.

Finalement, avant nos dernières remarques, il serait le moment d’apporter des aspects associés à l’héroïne de Moderato Cantabile, Mme. Desbaresdes, surtout en ce qu’ils vont recouper nos considérations antérieures à propos du travail de la transgression dans L’Amant. Comme il a été remarqué dans la littérature spécialisée, le texte du Moderato Cantabile, va lui aussi se rapporter à la question de la transgression. À ce sujet il a été déclaré à propos du texte du Moderato qu’«Il se révèle être une transgression du genre ; il parle d’un crime passionnel et les deux protagonistes, Anne Desbaresdes et Chauvin, ont un double rôle d’inspecteurs et de victims »3 (Ledwina, 2013: 16). Tel commentaire, encore que bref, va servir pour indiquer comment cet autre texte de Duras revient lui aussi sur la thématique de la transgression, ce qui donne plus de cohésion à la totalité de son œuvre.

1. Transgression: observations préliminaires

Si l’œuvre de Marguerite Duras se prête avec facilité aux multiples lectures, le passage qui sert ici de moteur d’analyse condense avec excellence la thématique de la transgression. Dans son très perspicace étude sur la transgression chez l’auteure, Ledwina esquisse une topographie de la transgression, «Trois transgressions fondamentales permettent de définir la stratégie de la romancière : éthique, sociale et morale. En outre, elles sont toutes liées au fonctionnement de la société hiérarchisée, surtout de la société coloniale avec sa répartition des races, son inégalité et son injustice ». Le passage nous aide à mieux comprendre les domaines d’action de cette transgression, et surtout les déclencheurs de celle-ci. Comme la spécialiste indique, la condition coloniale devient point incontournable d’une analyse sérieuse de la transgression chez Duras. Du côté de la transgression, l’Amant pourrait être résumé dans les mots de Ruddy, «The Lover tells the story of a young French girl’s defiance of the colonial sexual mores and regulations that restricted white women’s sexual encounters to white men. It is thus a tale of a white girl’s assertion of herself as an autonomous female subject through her sexual affair with a Chinese man »4.

La transgression, comme nous la présenterons dans les prochaines pages, est identifiée à un acte qui se pose contre la loi ou la norme, elle configure un comportement qui se fait noter par ce qu’il a de contraire aux règles. Pas de surprise que cette transgression va trouver sous la figure de l’amour et de la passion, l’un de ses avatars le plus persuasif, «car l’amour fait éclater toutes les limites». Mais encore, cette transgression se voit en tant que dissolutive des limites, une transgression qui efface les bordes et qui mélange ce qui était jugé irréconciliable. La famille de la jeune fille est présentée dans des termes qui leur mettent hors de la loi, comme des gens qui se trouver en-dehors. La fille elle-même s’introduit tout au début de son récit comme il suit, «L'histoire de ma vie n'existe pas. Ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes en oits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai il n'y avait personne » (A 14)5. Dans l’avis de Burgelin, la thématique de la transgression comme un débordement des limites est y déjà introduite, «Les personnages sont comme poreux les uns aux autres, envahis les uns par les autres. Plus fondamentalement, Duras mène dans une économie de l’interiorité où aucun être n’existe en soi et pour soi»6. Cette discussion va amener à la problématique de l’ambiguïté dans le récit de Duras et son rapport avec la transgression.

Au sujet général de la transgression dans ses romans, c’est le complet travail de Ledwina continue à définir les contours et à indiquer comment cette présence s’est organisée à l’intérieur de l’œuvre de l’auteure. D’après la spécialiste, c’est sur l’attitude subversive des personnages féminins où l’on doit chercher par la transgression. Elle continue, «Il va de soi que la quête de l’autonomie s’articule avec le refus de toutes les contraintes, de tous les interdits qui auraient empêché la femme de mener pleinement sa vie. Le premier pas, semble-t-il, est la révolte contre l’autorité familiale, surtout contre la domination de la mère »7. Le dépassement des bordes, présuppose donc, un mouvement de de révolte et d’affirmation de soi par rapport à son milieu et conjoncture sociale.

Dans le cas des romans de Duras, en particulier l’Amant et Moderato Cantabile, la condition coloniale demeure l’horizon sur lequel les personnages d’une façon ou de l’autre doivent répondre, des cercles concentriques vont répondre à des autres niveaux de transgression, comme par exemple la question avec la mère et avec la famille. Une fois la jeune fille commence à se rencontrer avec le chinois, ses pensées commencent à divaguer par ce qui doit être la peur de sa mère, « Sa fille court le plus grand danger, celui de ne jamais se marier, de ne jamais s'établir dans la société, d'être démunie devant celle-ci, perdue, solitaire» (A 73). De façon un peu similaire, Burgelin défend l’absence du père comme condition centrale pour la déstructuration de la famille et le triomphe de la transgression8.

2. Dialectique de l’ambigüité

Lorsque Ruddy écrit sur la force du personnage central de l’Amant, la spécialiste déclare, «My argument is that Duras construction of the girl as a sexually autonomous female subject is made possible only by the ambivalent structure of the girl’s desire »9. L’idée qui est y contenue est que les allers-retours entre un état et l’autre permettent la fille de graduellement sortir des structures qui l’emprisonnent. L’ambiguïté est-elle aussi marque de l’image décrite par le passage initial, l’ambiguïté qui fait qu’autant la fille que le chinois, soient comme que confondus avec l’extérieur de leur chambre. Il s’agit d’une écriture limite, de l’au-delà, une écriture qui écrit la distance et surtout la force du mouvement transgressif.

Au sujet de l’ambigüité dans L’amant, une scène est particulièrement illustrative de la thématique de la transgression: il s’agit de la scène sur le bateau, lorsque la jeune fille et le chinois se voient par la première fois et le récit décrit la tenue de celle-ci. Comme déjà indiqué, la transgression surgit surtout d’entre une telle dynamique, d’un certain jeu entre des ambigüités. Il faut en révéler le détail. Lorsque la fille surgit sur le bateau, ce ne sont pas ses chaussures «du soir», achetées en «soldes soldées», ni même sa robe presque transparente, qui donnent à la scène un air insolite. L’objet de surprise devient le chapeau masculin qui est porté par la fille. Le chapeau est présenté dans des termes d’ambigüité et devient lui-même marque de la condition ambigüe de la jeune fille10. Comme va l’affirmer Ledwina, la question vestimentaire est capitale pour L’amant, la tenue qui est portée par la fille, et celle qui ne l’est pas, devient une marque de son féminin, signe des problèmes d’identité11.

Il est donc, possible de dire que la question vestimentaire dans le récit de Duras, et ici illustrée avec l’affirmation de soi que mélange des identités de sorte à pouvoir trouver la sienne, se résoudre en tant qu’instrument de libération, et donc de transgression. C’est bien dans ces termes que Ledwina va reprendre la discussion de Foucault à propos de la norme et de la transgression pour affirmer que les protagonistes de Marguerite Duras sont, «ces êtres limités par des convenances, des stéréotypes ou des tabous, qui grâce à leur volonté « d’ébranler la solidité des fondements » sont des « êtres de la différence »12. Un autre spécialiste se prononce au sujet du chapeau dans les termes suivants, «Aux yeux des Français de l'entre-deux-guerres, l'amenuisement visuel de la différence sexuelle chez les femmes symbolisait l'érosion des distinctions sociales entre les sexes que nourrit la Grande Guerre, et provoqua chez certains l'espoir d'une utopie égalitaire, mais chez d'autres la résistance contre les spectres de la crise du foyer et de la dénatalité»13.

L’ambigüité de la scène se révèle donc en différence, mise en marche par la volonté de soi qui s’affirmer contre l’ordre. Pour la jeune fille l’étrangeté apportée par le chapeau contredit son corps chétif, de même que ses chaussures du soir contredisent le chapeau masculin. Il s’agit d’un cercle qui commence et revient avec la fille. La protagoniste se présente en robe presque transparente, et elle choisit les chaussures féminines en démesure pour une fille si jeune, fait qui la met déjà à l’écart en quelque sorte. Ensuite, toujours en suivant sa volonté, la fille prend un chapeau qui renverse les attentes portées sur le corps chétif, avec un chapeau qui achève son parcours identitaire. En commentant les normes patriarcales et contrôle exercé sur l’individu dans l’Indochine coloniale, Ruddy défend qu’un des rôles centraux de l’œuvre de Duras est à trouver dans le fait qu’elle expose de qu’elle manière les discours coloniaux à propos du genre, de la sexualité et de la race, étaient entièrement attachés au corps de la femme blanche occidentale. Ce corps était alors le centre irradiateur du pouvoir disciplinaire et de surveillance, comme exercés par le contrôle colonial14. Lorsque la protagoniste de L’amant prend le chapeau et consciemment bouleverse son image de femme blanche, Duras est en train de mettre en avant la volonté féminine en tant que moteur des transgressions et force émancipatrice.

Toujours sur la question vestimentaire de la jeune fille, Broden se réfère à sa tenue come «un site de tensions non résolues»15 (1984: 80). Il s’agit exactement d’un mouvement de l’écriture de Duras, dans lequel des tensions repérées sur le tissue politique sont intériorisées par les personnages, de sorte qu’ils deviennent les responsables pour résoudre ces ambigüités, tensions et conflits. Comme il vient d’être affirmé, la procédure de l’auteure est donc celle d’intérioriser la volonté de transgression dans des protagonistes féminines fortes et obstinées. Comme va l’affirmer Fricova, «Ce qui domine dans l’univers romanesque des deux œuvres, ce sont des personnages féminins forts et braves, qui transgressent les tabous sociaux, s’opposent à leurs familles et communautés, ils s’en sacrifient » (2005: 241).

Dès lors, ce n’est pas seulement la volonté de la fille qui devient moteur de transgression, mais son propre corps devient ce locus conflictuel, site de contradictions, négociations et de résolutions, à reproduire des conflits externes, dans la société, colonie et à l’intérieur de la famille. Finalement, Broden le conclut,«Les contradictions de sa tenue représentent également la juxtaposition de composants simples et raffinés, rustiques et urbains, qui pointent la vie double du protagoniste, partagé entre sa famille campagnarde et son existence estudiantine à Saigon » (1984: 80). Il faut aussi rappeler, qu’à l’époque, le féminisme commence à se montrer en pleine force, l’émancipation féminine devient un sujet souvent discuté. La fille démontre également le passage de la vie enfantine à la vie adulte, dans ce passage pourtant, elle cherche une nouvelle identité pour soi en tant que femme. Il faut donc voir de plus près comment la transgression chez Duras devient une révolte féminine contre la société patriarcale.

[...]


1 Yvonne Y. Hsieh, « L'évolution du discours (anti-)colonialiste dans Un barrage contre le Pacifique, L'amant et L'amant de la Chine du nord de Marguerite Duras », in Dalhousie French Studies Vol. 35, pp. 55-65, 1996, p. 56.

2 Anna Ledwina, Les Représentations de la transgression dans l'œuvre de Marguerite Duras sur l'exemple des romans Un Barrage contre la Pacifique, Moderato cantabile et L'Amant, thèse de doctorat, défendu à l’université d’Opole, Pologne, 2013.

3 Anna Ledwina, op. cit., p. 22.

4 Karen Ruddy, «The Ambivalence of Colonial Desire in Marguerite Duras’ The Lover», in The Feminist Review, vol. 82, no. 1, pp. 76 – 95, 2006, p. 77.

5 En vue d’offrir une lecture moins encombrée par des notes des bas de page, dans la présente étude les deux ouvrages de Marguerite Duras ici traités, à savoir, L’amant et Moderato Cantabile, seront cités dans le texte, suivi de l’indication de la page, comme il suit: A pour L’Amant et MC pour Moderato Cantabile. Les deux textes consultés sont parus à Paris, chez les éditions de Minuit, L’Amant en 1984 et Moderato Cantabile en 1970.

6 Claude Burgelin, «’Partout être là’ une lecture de L’Amant», in Thèleme, Revista Complutense de Estudios Franceses, vol 22, 2007, pp. 33 – 41, p. 36.

7 Anna Ledwina, op. cit., p. 48.

8 Il s’agit de son argument central. Cf. Claude Burgelin, op. cit.

9 Karen Ruddy, op. cit. p. 78.

10 Comme l’observe avec autorité Karen Ruddy, cf. op. cit.

11 Anna Ledwina, op. cit., p. 81-82.

12 Anna Ledwina, Ibidem, p. 23.

13 Thomas F. Broden, «Le costume de l’héroïne de L’Amant, Les modes de l’entre-deux-guerres et Coco Chanel», in Anne Cousseau et Dominique Denès (Eds.) Marguerite Duras. Marges et transgressions, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 2006, pp. 73 - 101, p. 99.

14 Karen Ruddy, op. cit., p. 85.

15 Thomas F. Broden, op. cit., p. 87.

Details

Seiten
21
Jahr
2018
ISBN (eBook)
9783668876217
ISBN (Buch)
9783668876224
Sprache
Französisch
Katalognummer
v458845
Note
1,3
Schlagworte
marguerite duras l’exemple l’amant moderato cantabile

Autor

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