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Limites et possibilités dans l'adaptation cinématographique du roman "Parfum" de Patrick Süskind

Studienarbeit 2018 13 Seiten

Filmwissenschaft

Leseprobe

Sommaire

1) Avant-propos

2) Introduction

Première Partie

3) Du livre au film : Procédé de production
a. Le Parfum : Histoire d’un meurtrier - Un roman inadaptable?
b. Sur la question de la fidélité au roman: Bernd Eichinger et son interprétation

Deuxième Partie

4) Problématique de la visualisation des odeurs à l’écran
c. Rendre l’odorat visible – Représentation du monde olfactif chez Twyker
d. Costumes et décor - Faire venir le XVIIIe siècle
e. Représentation visuelle des odeurs dans le film
1. Images et associations
2. Mouvement de la caméra
f. Musique et son: Substitution de l’odorat par l’ouïe

5) Conclusion

6) Bibliographie

7) Filmographie

1) Avant-propos

Ce dossier a été rédigé dans le cadre d’un cours universitaire « Méthodologie » dirigé par Aurélia Gournay. L’idée est d’expliquer une problématique avec la liaison entre le roman et le cinéma basé sur un exemple explicite.

Ayant déjà traité de près l’adaptation de Le parfum : Histoire d’un meurtrier pendant mon cursus lycéen en ce qui concerne la déviation d’action, je voulais approfondir mes connaissances face à la difficulté principale : la représentation des odeurs.

L’œuvre exceptionnelle de Patrick Süskind me passionne en particulier non seulement à cause de l’histoire unique mais aussi pour son merveilleux style d’écriture. Voilà pourquoi en tant qu’étudiante en cinéma à la Sorbonne Nouvelle Paris 3 et cinéphile, j’ai choisi de consacrer ce dossier au film tiré de ce livre qui est, quant à lui, toute de même exceptionnelle.

2) Introduction

« Le cinéma est un langage aussi efficace que l’écriture » Tom Tykwer1 L’adaptation des modèles littéraires est un sujet important depuis les débuts du cinéma, aussi bien dans le sens de l’écrit au film que du film à l’écrit. Le potentiel narratif du film a établi son lien le plus étroit avec le roman et non avec la peinture où le théâtre. Tous ce qui est exprimé dans un roman, peut être approximativement visualisé et raconté dans un film.

Cependant, il y a des limites spécifiques aux médias. L’adaptation cinématographique des œuvres littéraires, malgré la parenté des structures narratives, pose souvent une problématique puisque le texte doit être traduit dans le champ du visuel et auditive. Un film est, contrairement au livre, lié à une contrainte de temps et donc limité dans les détails de sa présentation. De plus la vie intérieure des personnages décrit par des monologues dans un roman n’est pas possible dans un film (à part l’utilisation d’une voix off) qui concrétise plus souvent l’espace diégétique. Il n'est pas rare que ces différences d’option de présentation conduisent à la question de savoir si les films peuvent rendre justice à leurs sources littéraires.

Cette question se pose aussi dans l’adaptation du fameux roman Le Parfum : Histoire d’un meurtrier de Patrick Süskind, un des romans allemand le plus vendu, connu pour son univers unique des odeurs. Ces dernières impliquent déjà une difficulté supplémentaire s’ajoutant aux points cités dans le précédent paragraphe. L’interprétation d’un monde olfactif par un langage essentiellement visuel donnera au roman sa réputation d’être inadaptable.

« L’adaptation était un énorme défi », affirme le producteur Bernd Eichinger qui a réussi à convaincre l’auteur de lui vendre les droits du livre pour en faire un film.2 Ce « défi » sera mis en évidence ci-dessous ainsi que les solutions proposées par le réalisateur allemand Tom Tykwer. Nous allons surtout regarder le traitement de l’odorat dans le film afin que le lecteur puisse comprendre les possibilités et limites de l’adaptation filmique sur l’exemple explicite de Le parfum : Histoire d’un meurtrier.

Pour certaines, ce film est un « chef d’œuvre »3 tandis que d’autre trouve que c’est un « cas typique d’adaptation littéraire ratée. »4 Les avis divergeant montrent que le jugement sur la réussite de l’adaptation est subjectif. Voilà pourquoi ce dossier ne donne pas d’avis sur le succès de la mise en œuvre. Il n’est pas non plus une comparaison entre le livre et le roman même si les différences vont être décrites de manière rudimentaire pour comprendre la problématique et les moyens de mise en œuvre face à cette problématique.

Première Partie

3) Du livre au film: Procédé de production

3) a. Le Parfum : Histoire d’un meurtrier - Un roman inadaptable?

Avec plus que quinze millions de lecteurs dans quarante-cinq langues différentes parmi lesquelles le hindi, l’islandais et même le latin Le Parfum : Histoire d’un meurtrier fut un des romans le plus important de la littérature allemande du 20e siècle. Le bestseller de Patrick Süskind est d’ailleurs aussi le « seul dans la littérature mondiale à avoir consacré un travail de plus de deux cents pages au sens de l'odorat, tout en représentant, critique et auto-ironique, la nature problématique de la relation entre les parfums et les mots », selon le chercheur Hongrois David Adam.5

Vu le succès énorme, il semble logique que des nombreux producteurs montrent aussitôt de l’intérêt pour l’adaptation de cette œuvre exceptionnelle. Mais non seulement la visualisation d’un livre célèbre pour son univers olfactif met les cinéastes devant un obstacle difficile à surmonter - C’est aussi le protagonist principale qui pose problème, car le spectateur ne peut point s’identifier avec ce dernier : Jean-Baptiste Grenouille « est et était (...) une figure monstrueuse – et pratiquement aucune autre figure littéraire n’a jamais eu moins de potentiel pour devenir un héros du cinéma. »6

Cela pourrait être un de raisons pour lesquelles Patrick Süskind a refusé systématiquement de céder les droits de son roman pendant plus de vingt ans. Martin Scorsese, Milos Forman, Tim Burton, Ridley Scott, Bernd Eichinger, Jean-Jacques Annaud, Jean-Pierre Jeunet... La liste des intéressés était longue. Cependant, chaque tentative a été repoussé « strictement avec un non ».7 Süskind aurait voulu que Stanley Kubrick pour la mise en scène, possiblement parce que ce réalisateur brillant a déjà prouvé avec A Clockwork Orange en 1971 qu’un film fonctionne même si le personnage principal ne montre presque pas des émotions et acte en dehors de sensations morales.

Cependant, Kubrick n’était pas intéressé en jugeant même que ce roman était inadaptable.8 La réticence de Süskind et le combat pour les droits du bestseller est d’ailleurs devenu si légendaire qu’en 1996 une comédie réussie sortait au cinéma reprenant cette histoire. (Rossini oder Die mörderische Frage, wer mit wem schlief - Helmut Dietl/Patrick Süskind).9

3) b. Sur la question de la fidélité: Bernd Eichinger et son interprétation du roman

Ce fut le producteur et scénariste allemand, Bernd Eichinger, qui a finalement gagné le cours pour les droits du roman. Après la mort de Kubrick, l’ami allemand de Süskind a reçu l’engagement en 2001. Il est pourtant important de noter que Süskind voulait une somme fixe, pas de pourcentage de participation et pas non plus une implication dans la production.

Ayant déjà réalisé des adaptations littéraires considérés impossible à adapter (Le nom de la rose 1986), Eichinger aime la difficulté. Il souligne dans une interview: « Quand j’ai lu le livre, je me suis dit, c’est mon livre et c’est mon film, et ce film je veux le faire. »10

Dès le début, le producteur allemand ne voulait pas faire une adaptation littéraire classique : « Je déteste ce mot. »,

« Je n’adapte pas un livre. Je crée une œuvre basée sur une autre. »

Cette citation d’Eichinger illustre un aspect significatif, qu’il ne faut toutefois pas oublier. L’adaptation est une interprétation et les cinéastes utilisent le modèle littéraire comme une matière première pour donner une idée du film comme le décrit le critique de film hongrois Béla Balázs. « Il est facile de répondre à la question de savoir dans quelle mesure un film peut s’éloigner de la littérature : autant qu’il le souhaite ! »11

Voilà pourquoi il est légitime que le film de Bernd Eichinger et Tom Twyker a été changé légèrement, même si le film reste dans son ensemble proche et fidèle au roman.

Comme déjà mentionné dans l’introduction, ces changements, faute de temps, ne seront malheureusement pas examinés en détail. Ce qui nous intéresse en premier lieu dans ce dossier est la représentation de l’odorat dans Le parfum : Histoire d’un meurtrier.

Deuxième Partie

4) Problématique de la visualisation des odeurs à l’écran

4) c. Rendre l’odorat visible – Représentation du monde olfactif chez Twyker

Pour l’adaptation de Le Parfum : Histoire d’un meurtrier, il s’agissait de répondre à une question fondamentale : comment rendre perceptible le génie olfactif de Jean-Baptiste Grenouille? De même que la littérature refuse de rendre perceptibles les odeurs décrites, le film ne permet pas de présenter à l'écran des choses olfactives vivantes et intenses. Eichinger a trouvé la parade :

« L’odorat n’est pas palpable à l’écran, pas plus qu’il ne peut pas l’être dans un livre. »

Patrick Süskind se sert dans son livre des descriptions verbales détaillées en utilisant des métaphores et des néologismes qui éveillent des associations des propres expériences olfactives. (... l’air stagnait comme dans des égouts humides et était saturé d’odeurs. Il y mêlait des odeurs d’hommes et de bêtes, des vapeurs de nourriture et de maladie, des relents d’eau et de pierre et de cendre et de cuir, de savon et d‘œufs cuits dans le vinaigre, de nouilles et de cuivre jaune bien astiqué, de sauvage et de bière et de larmes, de graisse, de paille humide et de paille sèche. Des milliers et des milliers d’odeurs formaient une bouillie invisible qui emplissait les profondes tranchées des rues et de ruelles et qui n’évaporait que rarement au-dessus des toits, et jamais au niveau du sol...)12

Mais ce qui est possible dans le livre avec l’aide du langage, à savoir de stimuler la mémoire de l’odeur, est réalisé dans le film avec un riche répertoire de techniques que nous discuterons plus en détail ci-dessous.

[...]


1 TYKWER Tom, Le Parfum : Histoire d’un meutrier – dossier de presse français

2 EICHINGER Bernd, Le Parfum : Histoire d’un meutrier – dossier de presse français

3 WELLINSKI Patrick, Rezension, filmszene.de https://www.filmszene.de/filme/das-parfum-die-geschichte-eines-m%C3%B6rders

4 TESSE Jean-Philippe, chronicart.com, 30. Septembre 2006 https://www.chronicart.com/cinema/le-parfum-histoire-d-un-meurtrier/

5 GUGLIELMETTI Yohann. De la relation entre musique et images, en prenant comme témoin le cinéma du réalisateur-compositeur Tom Tykwer. Art et histoire de l’art. Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, 2017. Français, P.19.

6 LUEKEN Verena. Das Parfum – Vom Buch zum Film. Zürich 2006, P.7.

7 Making-Of-DVD Das Parfum: Geschichte eines Mörders, Interview avec Bernd Eichinger

8 Il se pourrait qu’il s’agisse d’une légende car il semble que l’information n’ait jamais été confirmée à sa source, Stanley Kubrick étant décédé en 1999 et Patrick Süskind n’accordant guère d’entretiens.

9 FELDMANN, Charlotte. Erzähltechniken in Literatur und Film – medienspezifische Möglichkeiten und Grenzen. Tectum Verlag Marburg, 2012, P.83.

10 Making of: Das Parfum - Die Gesch ichte eines Mörders. Regie: Larissa Trüby. DVD, Constantin Film Produktion GmbH; Deutschland 2007.

11 JEREMIAS, Brigitte : Wie weit kann sich Film von Literatur entfernen? Bern/München 1984, P.9.

12 SÜSKIND, Patrick. Le parfum : Histoire d’un meurtrier. Diogenes Verlag AG, Zürich, 1985, P.39.

Details

Seiten
13
Jahr
2018
ISBN (eBook)
9783346296009
ISBN (Buch)
9783346296016
Sprache
Französisch
Katalognummer
v953162
Note
13
Schlagworte
Le parfum Le parfum : Histoire d’un meurtrier Patrick Süskind Tom Tykwer Bernd Eichinger l'adaptation adaptation littéraire adaptation cinématographique cinéma film livre Das Parfum odeurs Literatur

Autor

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Titel: Limites et possibilités dans l'adaptation cinématographique du roman "Parfum" de Patrick Süskind